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ARTISTES :
 
Sandra Krasker
 
 
Originaire du Lot et Garonne, Sandra Krasker étudie à l’université d’arts plastiques de Toulouse. Après douze années dans les grandes agences publicitaires parisiennes en tant que directrice artistique, elle passe de la palette graphique pour retrouver celle du peintre.
 

« L’œuvre dessinée de Sandra Krasker s’inscrit dans une recherche particulièrement contemporaine sur ce qui anime le corps, non pas tant dans la forme générique du corps humain, mais dans ce qui en constituerait un portrait possible.

D’emblée, on sent chez cette artiste en émergence un goût, que la précipitation contemporaine aura rendu suranné, pour le travail et l’effort, mais aussi pour la lenteur, celle du temps qui se vit, celle du « faire », du dessin qui se trace, de l’attente. Temps de l’observation, de la contemplation. Cette mise à distance de l’immédiateté se retrouve ainsi de multiples manières dans son travail.
 
D’abord, dans sa manière de prendre l’histoire de l’art à rebours. Il y eut le dessin, la peinture puis la photographie, donnant lieu à ce grand débat quant à ce qu’il allait advenir de la peinture. Avec l’essor de ce nouveau média et support visuel, s’ouvre l’ère d’une prolifération des images sans précédent. Il fallut alors que la peinture repense le sens de sa représentation. Ainsi, à l’instar d’un Degas, d’un Vuillard, d’un Monet ou d’un Delacroix, ou plus récemment, comme peut le faire, par exemple, Philippe Pasqua, certains artistes utilisent la photographie pour assimiler ses données dans le processus pictural. Et puis certains, comme Bacon, passent par la photo pour emprunter le chemin inverse, nourrir la peinture de sa vérité. Sandra Krasker, elle, utilise la photographie pour en venir au dessin.
 
Tout commence donc avec une séance de pose, car Sandra ne dessine pas d’ « après nature ». En l’absence du modèle, la relation avec sa représentation diffère. L’artiste n’est pas perturbée par ce tiers regard, la voici seule avec sa photographie qu’elle peut scruter, « déformer », travailler et interpréter sans entrave. Cette absence concrète du sujet renvoie l’artiste à l’introspection dont elle a besoin, la confronte, paradoxalement, plus immédiatement au corps du modèle, au trait, à la perception, à son observation.  Sous l’objectif, peu à peu, le sujet avait pris confiance, s’était laissé  aller à un certain abandon, avait délivré quelque chose de son intimité, noué avec elle une relation éphémère dans le lieu et l’instant clos de l’atelier.
 
Dans ce travail a posteriori, Sandra Krasker entend saisir une vérité du modèle, une vérité sous-jacente, perceptible dans un regard, une attitude, un geste… Il s’agit pour elle de  privilégier la saisie de l’émotion, du vécu, du ressenti, une forme de beauté qui n’est pas celle, académique, de parfaites proportions, mais qui a à voir avec ce qui transparaît de l’humain, ce qui en fait la beauté, en somme, réévaluant ainsi le sens de la « figuration ».
 
Car derrière cette sorte de perfection classique de la ligne, ce n’est pas le corps qu’elle dessine mais c’est à travers lui, parce qu’il est enveloppe et support nécessaire, la saisie d’une intériorité implicite, le choix de la vulnérabilité de la chair à la fois que de sa puissance, une certaine forme de véracité au-delà, ou en deçà de la matière. Bien que les hommes et les femmes que dessinent Sandra Krasker soient le plus souvent partiellement nus, l’artiste ne se situe pourtant pas dans la crudité de Freud par exemple, car si elle exprime la réalité concrète de la chair, il n’y a ici ni volonté de violenter l’intimité du corps ni véracité inquisitrice mais bien plutôt un appel à l’autre, à la rencontre et à la sollicitude, pour s’inspirer des thèmes chers à Emmanuel Levinas. Et sous l’apparent académisme d’une citation néo-classique, perce alors une authentique modernité, nourrie d’une réflexion sans concession sur la question du traitement de la figure humaine, à la recherche d’une part de vérité de l’humain contemporain, tant dans son rapport au corps que dans ses désarrois perceptibles.
 
Le thème classique des « écorchés » renforce cette dimension existentielle. Si Sandra Krasker ne tombe pas dans l’empathie avec son modèle, ou dans une forme d’expressionnisme, elle n’a pas non plus le regard du biologiste, ni ne pose la distance, la neutralité du dessin d’anatomie. Elle maintient ainsi sans cesse une sorte d’ambiguïté entre le souci de réel et la puissance émotionnelle et charnelle qui se dégage de ses esquisses. Le « sous la peau », l’organique presque, le besoin de sentir les palpitations de la vie, le sang qui coule dans les veines, la chair dans son dénuement, sa fragilité concrète, sa complexité aussi, bref, tout ce qui donne sa valeur intrinsèque et inaliénable à l’humain, à l’heure où le cynisme l’emporte parfois sur la vie.
 
Bien entendu, apparaissent en filigrane les questions, fondamentales, de la précarité de la vie, de la corruption et de la mort. Mais il semble qu’il y ait avant tout chez Sandra Krasker une émotion  réelle face aux déploiements de la vie, à l’existence même. Sous l’âpreté de son trait,  contrastant avec la douceur de son regard,  et la peinture qui coule, manifestant discrètement la mobilité et la déliquescence des choses et des êtres, l’œuvre montre l’humain en situation dans le monde, avec ses faiblesses et sa corruption, poignante mais sans pathos.
 
Depuis quelques temps, Sandra Krasker a manifesté sa volonté de faire passer le dessin dans une forme de tridimensionnalité avec des installations aux ambitions sculpturales ou dans lesquelles le spectateur serait immergé, par le biais d’un système de « papiers suspendus » donnant à la fois profondeur et densité charnelle au dessin. Ainsi, les « mobiles », permettant de tourner autour du dessin comme on le ferait avec une sculpture ou encore la très intéressante installation «Force et précarité du corps», dans laquelle un dessin est  traversé par une tige de cuivre de 2m. Sous le poids naturel de l’attraction terrestre et la fragilité du papier, le dessin finira par glisser ou se détériorer, signifiant ainsi, dit l’artiste, « la précarité de notre enveloppe corporelle ».
 
Sandra Krasker esquisse ainsi de portrait en portrait les contours d’une œuvre puissante, tant dans la rigueur de son exécution, que dans les émotions qu’elle sait y laisser affleurer. »
 

 

Marie Deparis-Yafil,

critique d’art, commissaire d’exposition et en collaboration avec différents lieux d’art contemporain et galeries


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